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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 23:01

 

Trois heures de dialogue unilatéral, deux pirouettes, et surtout, pas de cacahuète : tel est le bilan de la dernière réunion paritaire de la Fédération des Centres qui eut lieu à Paris le 11 mai dernier.

 

La Fédération est restée arc-boutée sur ses propositions du 17 mars dernier, à savoir une revalorisation de 1 % pour les catégories B et C. Vraisemblablement uniquement parce que le SMIC les rattrapant, la Fédération se trouve dans l'obligation de les augmenter en conséquence). Au passage, on remarquera que ces catégories se trouvaient en 1999 à + 14 % par rapport au SMIC de l'époque, contre seulement + 4 % aujourd'hui. La revalorisation de 1 % magnanimement octroyée cette année demeure d'ailleurs à nouveau en-deçà de celui du salaire minimum, lequel fut revalorisé de 1,6% au mois de janvier dernier, et doit l'être de 2 % en juillet prochain.

 

chevaliers-teutoniques.jpgPour ces catégories, ce un pour cent de revalorisation salariale équivaut à une progression allant en fonction de la RMAG de 14,30 à 16,40 € par mois1.

 

Vu la peau de chagrin dont on a daigné étoffer le salaire minimum depuis douze ans, on ne peut que convenir du recul indéniable que constituent les conditions de salaires pour les employés de ces deux catégories.

Mais pas de panique, nous rassurent nos dirigeants dans un accès de sollicitude : les autres catégories seront logées à la même enseigne, et elles n'auront guère plus de 0,5 % d'augmentation. Pour une technicienne de laboratoire, cela représente 6,50 € mensuels 2.

De quoi certes couvrir la hausse du Carambar et du lacet de chaussure, mais pas celle du pain, ni de l'essence, du timbre, du café, du billet de train, de l'EDF, ou des loyers.

 

Concernant les aides-soignants, et bien que nous nous fussions escrimés à plaider leur cause en faveur d'un juste passage de leur catégorie en E, notamment en arguant du fait que cela correspondrait à ce qui se pratique dans le service public, la Fédération a catégoriquement refusé de faire un pas en avant, et campe sur ses positions. Même son de cloches pour le corps des infirmiers, des manipulateurs et techniciens de laboratoire pour leur passage en G.

Nous avons longuement argumenté pour que ces derniers bénéficiassent d'une intégration de la réforme L.M.D, exhortant la Fédération à prendre ses responsabilités en appliquant enfin cette loi dans sa totalité et surtout, en n'omettant pas la signification des lettres M et D ! Ainsi, à la bonne soixantaine de salariés d'un niveau BAC +8, s'ajoutent les BAC +3, +4, +5, qui, pouvant entrer dans le cadre de cette loi, doivent voir leur statut reconsidéré et amélioré en conséquence.

A ce titre, nous avons réitéré notre proposition de calendrier échelonné en vue de rehausser le montant de la rétribution de chacun à un niveau convenable.

 

Si le principe de négocier un tel calendrier prévoyant le changement de niveau de chaque catégorie de salariés avait été accepté par la Direction de l'Institut Bergonié, la Fédération, par la voix de l'un de ses directeurs, M Maigne, estima quant à elle qu'en dépit du fait que « l'on pouvait en avoir une conversation », il n'était pas à l'ordre du jour d'aller au-delà de qu'elle consentait à proposer.

 

reiffers de gaulleCar comment expliquer autrement que par une certaine indolence des directeurs de la FNCLCC en matière de dialogue social le fait qu'à richesses croissantes, l'on ne parvienne pas à enrayer la perte de pouvoir d'achat et la dégradation des conditions de vie subies depuis près de douze ans par un lot sans cesse plus nombreux de salariés ?

Permettre à tous ceux qui, de près ou d'un peu plus loin, concourent à la lutte contre les plus terribles fléaux sanitaires de notre pays, de s'assurer un peu plus cette sécurité matérielle sans laquelle toute liberté n'est que discours ; leur offrir, en échange des soins, du professionnalisme, de l'attention et même de la compassion qu'ils prodiguent sans relâche, la juste part de l'augmentation des richesses nationales... cela est non seulement tout à fait possible, mais encore une obligation morale.

Las ! nos propositions, si elles furent certainement « entendues » avec toute l'acuité dont ferait montre un Éric Woerth au sommet de sa forme – c'est-à-dire le regard certes là, mais le volume entrant baissé en pianissimo par un esprit rêvant à quelque plage de sable chaud sur une île paradisiaque aux Seychelles –, elles ne furent toutefois pas « écoutées » avec le minimum de compréhension et de logique que l'on eût été en droit d'attendre de tout interlocuteur digne de ce nom. Vite balayées d'un revers de manche, pressées par une organisation reléguant le temps de négociations impactant tout de même dix-huit Centres à moins de la moitié d'un aller-retour Bordeaux-Paris par le train à grande vitesse (soit en tout et pour tout, trois heures - ! - ), on pouvait avoir le sentiment que les représentants des salariés n'avaient été conviés que pour la figuration légale, tant il était fait peu de cas de leurs arguments comme de leurs propositions.

 

Nul ne peut alors être dupe de cette mascarade que d'aucuns habillent pudiquement en « communication d'entreprise », qui consiste à nous présenter comme une revalorisation salariale ces « 0,5 % [qui] compensent la perte du pouvoir d'achat »3. 

 

6a00e54ef5a3848833010536f70c04970c-320wiCelles et ceux qui, devant changer leur ordinateur inutilisable six ou sept ans après l'avoir acheté 1 300 €, devant prévoir une nouvelle douzaine de bas parce que l'industrie du IIIèmemillénaire refuse toujours (alors qu'elle en est capable!) de tisser des nylons qui ne filent pas dès qu'on les porte, devant arbitrer l'hiver entre bien se nourrir ou bien se chauffer, devant supporter l'étalage et la condescendance de ceux qui, ne s'étant contentés que de naître avec une cuillère en argent dans la bouche, étalent leurs centaines de milliers d'années de SMIC acquises sur le dos des autres et des ressources naturelles en yachts, hippodromes, rollex, limousines à rallonge, hôtels particuliers, ranch, écran plat d'un are tout en faisant la leçon à ceux qui réclament qu'on leur laisse au moins une retraite décente.... sauront-ils apprécier chaque mois à sa juste valeur le réconfort incommensurable de leurs trois kilogrammes de cacahuètes supplémentaires ?

 


1Soit l'équivalent aux prix actuels du marché d'environ trois kilogrammes de cacahuètes.

2Soit l'équivalent aux prix actuels du marché d'environ une place de cinéma. En 2 D.

3dixit la DRH de la Fédération !

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